Quevillon est un village ancien, installé entre la Seine et la forêt de Roumare. Son nom apparaît au XIe siècle, mais les traces d'occupation y sont bien plus anciennes — et le village a croisé la route de quelques grands noms des lettres et des arts.
Le nom de Quevillon
Le nom apparaît dès 1060, sous la forme Chevillon.
Les linguistes y reconnaissent le mot normand désignant une petite cheville de bois, utilisée dans les assemblages de charpente. Le nom du village évoque ainsi le travail du bois, la forêt de Roumare et les métiers traditionnels.
Une commune à la croisée des paysages
Avant même son histoire humaine, Quevillon est un paysage. Le village est installé au bord de la Seine, à l'entrée de la forêt de Roumare, dans le Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande.
Cette situation explique beaucoup de son histoire : les grandes propriétés aristocratiques, les activités agricoles, la présence d'artistes. La lumière très particulière des boucles de la Seine a inspiré les peintres de la vallée.
Quevillon avant Quevillon
L'archéologie révèle une occupation très ancienne. Le diagnostic patrimonial de la commune mentionne notamment :
- un biface du Paléolithique moyen ;
- un bloc néolithique ;
- une possible motte féodale ;
- une léproserie médiévale ;
- un cimetière du haut Moyen Âge ;
- un ancien bief alimentant le domaine de Belaître.
Autrement dit : des humains vivent ici depuis plusieurs milliers d'années.
Quevillon littéraire et artistique
Voltaire à Quevillon
C'est probablement l'événement culturel majeur de toute l'histoire de la commune. En 1723, le jeune Voltaire séjourne plusieurs mois au château de la Rivière-Bourdet, chez Madame de Bernières.
Ce séjour est parfaitement documenté. Voltaire y poursuit notamment l'écriture de La Henriade et de Mariamne. Mais surtout, il y fréquente un cercle intellectuel qui participe à la naissance de sa pensée.
Un article scientifique entier est consacré à cette période : Joseph Daoust, Voltaire et la marquise de Bernières, châtelaine de Quevillon (1723-1726), paru dans Études Normandes.
Les femmes de lettres de Quevillon
On évoque souvent Voltaire, beaucoup moins Madame de Bernières, qui tenait un salon fréquenté par les élites intellectuelles de son temps.
Quelques décennies plus tard apparaît la duchesse de Castries, née Henriette de Maillé. Elle inspira directement Honoré de Balzac pour son roman La Duchesse de Langeais.
Quevillon entretient ainsi un lien inattendu avec deux géants de la littérature française.
Georges Breuil, le peintre abstrait de Quevillon
Georges Breuil (1904-1997), de son vrai nom Dubreuil, est né à Quevillon. Très proche de Georges Braque, il développe une peinture abstraite très personnelle.
Ses œuvres sont aujourd'hui conservées au musée des Beaux-Arts de Rouen ainsi que dans plusieurs collections publiques et privées.
Une toile de Georges Breuil.
Thierry Cailleteau, l'auteur d'Aquablue
Thierry Cailleteau (1959-2023) a laissé une empreinte indélébile sur la bande dessinée franco-belge, en particulier à partir de la fin des années 1980. Scénariste de la célèbre série Aquablue, il avait choisi de vivre à Quevillon.
Il a développé dans Aquablue les thèmes de la science-fiction et de l'écologie, en combinant un sens rigoureux de la narration et un talent de dialoguiste — « une série au propos écologique engagé, transposant le colonialisme occidental à l'échelle intergalactique ».
Il s'est affirmé dans des genres aussi différents que le western, l'heroic fantasy, l'action, l'aventure et bien sûr la science-fiction. Il est l'auteur ou le co-auteur de nombreuses séries majeures de la bande dessinée franco-belge :
- Aquablue
- Wayne Shelton
- Cryozone
- Anachron
- Habana 2150
Il fut également directeur éditorial chez l'éditeur Vents d'Ouest. Son influence se mesure à la fois dans la modernisation des thématiques de la science-fiction francophone et dans son rôle de passeur, en soutenant des dessinateurs devenus depuis des références, tel Denis Bajram.
Le patrimoine bâti
Le château de la Rivière-Bourdet
Édifié au XVIIe siècle, le château est l'un des ensembles patrimoniaux majeurs de la commune. Outre le château, le domaine possédait un vaste parc, un colombier de 1668 et un important domaine agricole. Au XVIIIe siècle, les écrits historiques le qualifient parfois de « Versailles normand ».
Le domaine de Belaître
L'autre grand domaine historique de Quevillon fut édifié au XVIIIe siècle, puis détruit au XIXe siècle.
Il en subsiste notamment la chapelle Saint-Jean-Baptiste, protégée au titre des monuments historiques, un colombier inscrit et des vestiges du domaine seigneurial. Ces bâtiments se trouvent aujourd'hui sur des propriétés privées et ne se visitent pas.
Fait peu connu : le grand architecte Pierre-Adrien Pâris, architecte du roi, avait imaginé reconstruire entièrement le château de Belaître. Le projet ne vit jamais le jour.

